mardi 15 septembre 2009

Celui qui était In the loop (15/09/09)

Comment raconter les deux journées les plus intéressantes du mois, et peut être de l’année, sans rien oublier ? Dur dur, mais on va essayer.

Tout commence mardi matin, à la première heure. Changements de dernière minute dans les plannings des deux prochains jours, annulations de parlementaires et demandes express de notes, nous tiennent en haleine et font gentiment monter la pression jusqu’à l’heure H, 14h. Car à 14h c’est parti pour deux jours non stop d’entretiens, de points presse, de diners et encore d’entretiens. Une occasion en or de suivre la Ministre du Commerce Extérieur, sa délégation et les entreprises qui la suivent (et dont je m’occupe en l’occurrence).

Tout commence donc à 14h mardi, lorsqu’on saute dans un taxi devant l’Ambassade, direction le Rayburn Building de la Chambre des Représentant où on doit retrouver tout le monde, en particulier Alstom et la SNCF qui attendent les programmes qu’on tient fermement dans nos pochettes. Première occasion de se la péter : le taxi nous dépose au pied du Capitole, devant l’entrée où des gens font déjà la queue pour rentrer. Sortir avec une pile de dossier rouge dans la main, c’est plus classe que de sortir avec un appareil photo, mais ça ne permet pas de garder autant de souvenirs, dommages. Sortir en courant parce qu’on est en retard, ça c’est plus risqué, parce que le sol en marbre glisse beaucoup.

Puis débute la course d’orientation dans les couloirs du Congrès. Quand on est suivi par 25 personnes et des journalistes, on n’a pas trop intérêt à se pommer (d’où les repérages de la semaine dernière, maintenant vous savez pourquoi !). Logiquement, on arrive à bon port : le bureau 2365, celui de James Oberstar, le Président de la commission Transports et Infrastructures de la Chambre. Le tsar des transports, et en particulier le tsar du train. Normalement c’est ici que je m’arrête, mais par miracle je suis autorisé à rentrer dans le bureau de dieu. C’est aussi l’occasion de rencontrer toutes les personnes qu’on a pu avoir au téléphone, ou par mail ces dernières semaines. « Ah tiens, je ne vous imaginez pas comme ça ! » Non non, je rigole. L’ambiance n’est pas lourde du tout, mais on sent juste qu’il y a énormément de concentration dans l’air. Il y a bien 35 personnes devant la porte du bureau, c’est l’heure des derniers briefings, derniers réglages, derniers regards qui veulent dire « on fait comme on a dis si les choses changent », ou « un coup sur ton portable ça veut dire Plan B ». Autant mettre son portable en silencieux. J’avais prévu de rester dans le couloir, alors ça ne le ferait pas vraiment que mon portable se mette à hurler au milieu d’un entretien que nous qualifieront de « stratégique ». On appelle ça un euphémisme. C’est diplomatique.

Puis la porte s’ouvre, sur le bureau de James Oberstar. Le bureau le plus confortable du monde : de la moquette bleue de 5 cm d’épaisseur, des fauteuils en cuir de chaque côté de la pièce, des écrans plats et un petit TGV sur le bureau. Ça tombe bien ça dis donc ! En plus d’avoir un bureau magnifique, Mr. Oberstar, qui entre avec un énorme sourire et les bras grand ouverts parle un français impeccable, et assez incroyable. Au grand désespoir des américains de la délégation, tout l’entretien est en français. Evidement, rien ne filtre, pour ça il faudra écouter BFM.

Je passe 45 minutes sur un petit nuage, à 50cm de la grande table, à prendre des notes pour les comptes-rendus. Mon premier entretien ministériel, ça se fête, et surtout ça ne s’oublie pas. Tout y est beaucoup plus naturel qu’on ne le croit, Surtout, ce qu’il s’y dit est loin, très loin d’être inintéressant. Il est seulement interrompu par une espèce de sonnette sourde, qui indique qu’un vote est en train de se dérouler dans la Chambre des Représentants. Apparemment rien d’important (pour lui).

Puis on exfiltre tout le monde hors du Congrès, dans les voitures, et on reprend un taxi dans l’autre sens. On a quelques heures pour faire le compte rendu, préparer la journée de demain et intégrer toutes les modifications. Il y a en toujours, sinon ça serait trop simple : les brochures qui n’arrivent pas à l’heure, ceux qui devaient venir et qui ne viennent plus, ce qui ne devaient pas venir et qui viennent.

Quand je sors, il fait noir depuis longtemps, mais bizarrement ça ne me dérange pas. Je serais même resté encore un peu. De toutes façons, je suis le dernier. Quelle journée !

PS : au passage, "In the loop" est un film qu'il faut absolument voir

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